Reporters sans frontières et RCTV: Désinformation et mensonges

par Salim Lamrani (Salim Lamrani est enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis)


Le non renouvellement de la concession d’une durée de 20 ans de la chaîne privée vénézuelienne RCTV, arrivée à son terme le 27 mai 2007, a suscité une extraordinaire hystérie médiatique au niveau international. Pendant plusieurs semaines, la presse du monde entier s’est focalisée sur un évènement banal qui d’ailleurs passe inaperçu quand il survient dans les autres pays de la planète. Elle a transformé une décision administrative tout à fait régulière et légitime en un attentat contre la liberté de la presse. Reporters sans frontières a évidemment participé à cette campagne internationale de désinformation en publiant, le 5 juin 2007, un rapport hautement tendancieux sur RCTV1.

Fermeture de RCTV et hégémonie médiatique ?

RSF intitule son dossier « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique ». L’organisation donne d’emblée le ton en distillant deux mensonges en une seule phrase. Tout d’abord, RCTV n’a pas été fermée et peut continuer d’émettre via le câble ou le satellite. Le spectre radioélectrique étant par définition limité, le gouvernement vénézuelien a décidé de ne pas renouveler le contrat à la chaîne et d’accorder ainsi l’espace libéré à une autre chaîne afin de démocratiser les médias. Donc, contrairement à ce qu’affirme RSF, RCTV ne « cesse [pas] d’émettre2 ».

La seconde contre-vérité réside dans l’expression « hégémonie médiatique ». Avec ce titre, RSF voudrait faire croire au lecteur que les autorités vénézueliennes contrôlent les médias et disposent quasiment d’un monopole dans ce secteur. Pour convaincre l’opinion publique, Robert Ménard, le secrétaire général de l’organisation, répète inlassablement la même maxime à la presse : « Chávez détient une position hégémonique sur les moyens de communication3 ». Or, la réalité est tout autre. Au Venezuela, 80% des chaînes de télévision ouverte et des radios appartiennent au secteur privé. Pour ce qui est de la télévision par câble et par satellite, qui est relativement bien développée dans le pays, elle est presque entièrement contrôlée par des fonds privés. Au niveau de la presse écrite, les 118 journaux nationaux et régionaux qui circulent dans le pays sont également contrôlés par le secteur privé. Il existe effectivement une « hégémonie médiatique », mais elle est entièrement le fait des groupes économiques et financiers privés4.

Décision arbitraire du Président Hugo Chávez ?

RSF certifie que la décision a été prise « sur ordre du président Hugo Chávez », et assure qu’elle est illégale car, selon elle, il faut une « condamnation judiciaire […] pour refuser à la chaîne le droit d’émettre pendant les vingt prochaines années ». Là encore, RSF a recours à un double mensonge. En effet, la décision est parfaitement légale, respectueuse des normes internationales et légitime. Comme dans la plupart des pays du monde, le spectre des ondes hertziennes appartient l’Etat et est destiné à promouvoir l’intérêt public. De plus, l’article 156 de la Constitution vénézuelienne ainsi que l’article 108 de la Loi organique des télécommunications donnent au gouvernement le pouvoir de réguler l’accès à cet espace. Il n’est aucunement question de « condamnation judiciaire » comme le prétend RSF. Enfin, RCTV a toujours le « droit d’émettre » via câble ou satellite5.

D’ailleurs, ce n’est pas Hugo Chávez qui a décidé du non renouvellement de la concession mais la Commission nationale des télécommunications du Venezuela. La concession de RCTV n’a pas été renouvelée pour plusieurs raisons bien précises. Tout d’abord, le gouvernement souhaite procéder à un rééquilibrage entre chaînes publiques et chaînes privées. Ensuite, RCTV n’a pas respecté ses obligations et son cahier des charges. Un seul exemple édifiant : entre juin et décembre 2006, les autorités ont recensé pas moins de 652 infractions de la part de RCTV. La chaîne a également dénigré de manière systématique la politique du gouvernement et a incité à plusieurs reprises la population à la violence et à la rupture de l’ordre constitutionnel. La participation avérée de RCTV dans le coup d’Etat du 11 avril 2002 ainsi que son comportement putschiste ont été des facteurs non négligeables dans la prise de décision. RCTV avait notamment participé au sabotage pétrolier de décembre 2002 qui avait coûté près de 20 milliards de dollars à l’économie nationale6.

RSF affirme à ce sujet que RCTV est simplement « accusée » d’avoir participé au coup d’Etat, alors que les preuves et les témoignages sont accablants. Le très conservateur journal français Le Figaro rappelle que « pendant des années, la chaîne a ouvertement conspiré contre le président en place en relayant des appels à renverser le régime ». Le Figaro souligne également que lors du coup d’Etat, la chaîne « annonçait qu’Hugo Chávez avait démissionné », suivant ainsi le plan établi les putschistes, et avait même reconnu Pedro Carmona comme président intérimaire7.

Suite au retour du président Chávez, RCTV avait interdit à ses journalistes de diffuser une quelconque information à ce sujet et se bornait à diffuser des dessins animés. Le responsable de production de la chaîne, Andrés Izarra, opposé au putsch, avait aussitôt démissionné pour ne pas se rendre complice du coup de force. Lors d’un témoignage à l’Assemblée nationale, Izarra avait indiqué que le jour du coup d’Etat et les jours suivants il avait reçu l’ordre formel de Marcel Granier, le président de RCTV, de « ne transmettre aucune information sur Chávez, ses partisans, ses ministres ou n’importe quelle autre personne qui pourrait être en relation avec lui8 ».

Le conservateur Los Angeles Times retrace également l’itinéraire de RCTV depuis l’élection de Hugo Chávez à la présidence de la République en 1998 et souligne qu’elle s’était donnée pour mission de « renverser le président démocratiquement élu ». Après le coup d’Etat, « RCTV a basculé ouvertement dans la sédition [et a] diffusé des images truquées pour faire croire que les partisans de Chávez étaient à l’origine des morts et des blessés ». Le journal rappelle que Marcel Granier s’était rendu au Palais présidentiel pour faire allégeance au « dictateur Pedro Carmona qui venait d’abolir la Cour suprême, l’Assemblée nationale et la Constitution ». Puis le LA Times conclut : « Granier et les autres ne doivent pas être considérés comme des martyrs de la liberté d’expression » mais comme des putschistes9. D’ailleurs, Granier a fait une déclaration éloquente à RSF au sujet du coup d’Etat : « Je veux bien admettre que je n’étais pas mécontent de voir partir Hugo Chávez10 ». Comment pouvait-il être « mécontent » puisqu’il avait activement participé à son renversement ?

A l’évidence, en soutenant et en participant ouvertement à la rupture de l’ordre constitutionnel en avril 2002, RCTV ne se souciait pas de l’intérêt public. De plus, il n’est guère nécessaire de rappeler que si une chaîne de télévision française ou de n’importe quel autre pays du monde s’avisait d’adopter un comportement similaire à celui de RCTV, elle ne durerait pas 24 heures et ses dirigeants se retrouveraient immédiatement en prison. Pour sa part, le journal étasunien Houston Chronicle notait que « les actions de RCTV n’auraient pas duré plus de quelques minutes » aux Etats-Unis11.

Pourquoi RSF veut-elle faire croire à l’opinion publique que la culpabilité de RCTV est encore sujette à discussion ? Tout simplement parce que Robert Ménard et son organisation avaient eux-mêmes soutenu le coup d’Etat d’avril 2002. Est-il besoin de rappeler la déclaration publiée par RSF le 12 avril 2002 ? :

« Reclus dans le palais présidentiel, Hugo Chávez a signé sa démission dans la nuit, sous la pression de l’armée. Il a ensuite été conduit au fort de Tiuna, la principale base militaire de Caracas, où il est détenu. Immédiatement après, Pedro Carmona, le président de Fedecámaras, a annoncé qu’il dirigerait un nouveau gouvernement de transition. Il a affirmé que son nom faisait l’objet d’un "consensus" de la société civile vénézuélienne et du commandement des forces armées12 ».

Décision impopulaire ?

L’entité parisienne déclare également que les « opposants (nombreux) et partisans (plus rares) » avaient simultanément défilé à Caracas pour appuyer la décision du gouvernement ou la répudier. Ici, RSF n’hésite aucunement à mentir de manière éhontée. Les manifestations d’opposants qui ont eu lieu en signe de protestation n’ont réuni que quelques milliers de personnes. Par contre, les manifestations de soutien qui se sont déroulées dans la capitale à l’image de celles du 27 mai et du 2 juin 2007 ont été impressionnantes. En effet, des centaines de milliers de citoyens avaient défilé dans les rues de Caracas, montrant leur soutien à Hugo Chávez13. Dans quel but RSF manipule-t-elle cette réalité ?

RSF reprend également les sondages réalisés par RCTV et l’opposition pour démontrer l’impopularité de la décision, en leur accordant un crédit entier et adoptant ainsi une position ouvertement partisane. Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Pedro Carreño, a répondu de manière cinglante à cette allégation : « la liberté d’expression n’est pas celle de l’empire, ni celle de Reporters sans frontières, ni celle de la Société interaméricaine de presse (SIP), ni celle de l’oligarchie, mais celle du peuple qui aujourd’hui est sorti dans la rue14 ».

RSF évoque « une fermeture désavouée par l’opinion et la communauté internationale » et cite pêle-mêle une résolution du Parlement européen adoptée le 24 mai 2007, et « plusieurs gouvernements ou Parlements latino-américains, du Brésil au Mexique en passant par le Chili, et même de son homologue et allié bolivien Evo Morales ». RSF veut donner l’impression d’une unanimité mondiale contre Hugo Chávez alors que la réalité est totalement différente. De tout le continent américain, c’est-à-dire sur près de 25 nations, seuls trois organes parlementaires (Brésil, Chili, Nicaragua) se sont prononcés contre le non renouvellement de la concession et seul le président costaricien Oscar Arias a émis une déclaration défavorable. Le reste du continent, en commençant par Evo Morales, s’est soit prononcé en faveur du gouvernement de Chávez (Bolivie, Cuba, Nicaragua), soit a signalé qu’il s’agissait d’une mesure administrative qui ne regardait que le Venezuela et ne souhaitait pas s’immiscer dans les affaires internes de la nation. Comme on le voit, RSF est experte dans le domaine de la désinformation15.

Pour ce qui est de la résolution du Parlement européen, elle a été effectivement adoptée le 24 mai 2007, mais seulement par 43 des 784 députés européens, c’est-à-dire à peine 5,4% des parlementaires. Cette résolution a été unanimement rejetée par 741 députés pour son caractère politisé et surtout parce qu’elle représentait une inacceptable ingérence dans les affaires internes d’un pays souverain. La plupart d’entre eux ont refusé de participer au vote et ont quitté l’hémicycle. Quant à l’OEA et à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, elles n’ont émis aucune condamnation, contrairement à ce qu’avance RSF, mais simplement des recommandations d’ordre général sur la liberté de la presse16.

Les autres manipulations de RSF

RSF assure également que « les demandes de rendez-vous avec des membres du gouvernement et des représentants de médias publics ou progouvernementaux sont restées sans réponse. Aussi éloquent que les propos des personnes rencontrées, ce silence tend à confirmer que l’affaire RCTV ne se limite pas à une simple mesure administrative ». Pourtant, le gouvernement a réitéré à maintes reprises n’avoir reçu aucune demande de rendez-vous de la part de RCTV. En promouvant le point de vue de Marcel Granier, RSF fait montre une nouvelle fois de son côté partisan et stigmatise le gouvernement démocratique d’Hugo Chávez en le qualifiant de « régime politique particulier qu’on appelle le ‘chavisme’ ». Ici, on est loin du thème de la « liberté d’expression ». Ménard se place dans une situation d’opposition politique et idéologique en caricaturant délibérément le gouvernement vénézuelien. Le terme « chavisme » est en effet souvent utilisé de manière péjorative par l’opposition17.

RSF conclut son rapport par une contre-vérité manifeste, mettant en garde contre « l’hégémonie médiatique » du président. Il est nécessaire d’être précis à ce sujet. Pour la bande VHF, en 2000, il y avait 19 chaînes de télévision privées et 1 publique. En 2006, le chiffre est passé à 20 chaînes privées contre une seule chaîne publique. Depuis le 28 mai 2007, il y a 19 chaînes privées et deux chaînes publiques, Venezolana de Televisión et TVes qui remplace RCTV sur les ondes hertiziennes. Pour la bande UHF, en 2000, il y avait 28 chaînes privées et deux chaînes publiques. En 2006, il y avait 44 chaînes privées et 6 publiques. Au niveau des radios, pour les ondes AM, en 2000 et 2006, il y avait 36 radios publiques contre 143 radios privées. Pour les ondes FM, il y avait 3 radios publiques contre 365 radios privées en 2000. En 2006, le chiffre est passé à 440 radios privées et 10 radios publiques. Comme on le voit, RSF affabule18.

« RCTV diffuserait de la pornographie », déclare RSF, utilisant le conditionnel pour suggérer qu’un doute subsiste sur cette accusation. Pourtant, la chaîne a été condamnée à plusieurs reprises par le Tribunal Suprême en 1981 et en 2006 pour avoir diffusé des scènes pornographiques à des horaires de grande écoute. Désormais, RSF remet en cause les décisions de la plus haute autorité judiciaire du pays19. De plus, il convient de rappeler que RCTV est la chaîne qui a été la plus sanctionnée (six fois) dans l’histoire du Venezuela pour violations de la loi, et une seule fois sous le gouvernement de Chávez20.

RSF accuse même le Tribunal suprême, qui a ordonné la mise à disposition des équipements de RCTV à la nouvelle chaîne TVes, de vouloir « compromettre la présence de la chaîne du lion sur le câble ». Ici, la maladresse de Ménard le pousse même à dévoiler à l’opinion publique qu’en réalité RCTV ne disparaît pas. En fait, le Tribunal suprême a simplement ordonné la cession temporaire des émetteurs afin d’assurer la continuité du service public. De plus, cette décision ne compromet nullement les possibilités de la chaîne d’émettre par câble, comme l’ont affirmé publiquement les principales entreprises de ce domaine21.

Pour RSF, Televen et Venevisión, deux des principales chaînes privées, qui ont adopté une position plus rationnelle à l’égard du gouvernement et qui depuis 2004 ont cessé de lancer des appels à l’insurrection et au renversement du gouvernement – tout en restant dans l’opposition comme le montrent aisément leurs programmes –, sont entre les mains du président Chávez. Même chose pour le quotidien national privé Últimas Noticias. Pour qu’ils soient qualifiés de médias d’opposition par RSF, sans doute faudrait-il que ces médias continuent à dénigrer le gouvernement, à manipuler l’information, à déstabiliser la nation et à lancer des appels au meurtre contre Chávez comme l’ont fait RCTV et Globovisión en mai 2007. RSF fait preuve d’une vision manichéenne : soit les médias sont contre Chávez, soit ils sont à sa botte22.

RSF affirme que « Hugo Chávez n’a cure du droit international ». Cette accusation est complètement gratuite. En effet, RSF est incapable de citer un seul cas de violation du droit international qu’aurait commis le gouvernement bolivarien. L’organisation certifie également que de nombreux « recours [de RCTV ont été] reçus favorablement à […] la Cour interaméricaine des droits de l’homme ». En réalité, ladite Cour a accepté d’étudier un seul recours le 25 mai 2007 et ne s’est toujours pas prononcée à ce sujet23.

« Hugo Chávez veut pour 2008 une réforme constitutionnelle qui lui permettrait d’être réélu indéfiniment », signale le rapport qui présente cette volonté comme un grand danger pour la démocratie. RSF a-t-elle oublié que dans la plupart des pays occidentaux, dont la France, la réélection illimitée est une réalité constitutionnelle ? Pourquoi RSF se prononce-t-elle sur des aspects de politique interne alors qu’elle affirme être uniquement intéressée par la « liberté de la presse » et être « apolitique24 » ?

« Un contrôle total de l’État, du gouvernement, des forces armées. Pas d’adversaire au Parlement, l’opposition ayant boycotté le scrutin législatif de 2005. Un parti dominant quasi unique. Vingt-deux gouverneurs d’État (sur vingt-quatre) entièrement dévoués. Et bientôt, une société civile pratiquement sous cloche ». Voici le constat alarmiste de RSF. « Un parti dominant quasi unique », vitupère RSF, alors qu’il existe plus d’une dizaine de partis politiques au Venezuela. Sans doute qu’en France, l’Etat, le gouvernement et les forces armées sont contrôlés par l’opposition. Quant au Parlement et aux postes de gouverneur, RSF remettrait-elle en cause le choix démocratique des électeurs vénézueliens ? Et la société civile se limite-t-elle à l’opposition de plus en plus marginale ? Ou bien concerne-t-elle l’ensemble de la population ? Reprenant la rhétorique de l’opposition qui a subi plus de 10 déroutes électorales consécutives depuis 1998, RSF prétend fallacieusement que Chávez contrôle toutes les institutions du pays, dans le but de faire passer le gouvernement le plus démocratique de l’Amérique latine pour un régime autoritaire. Du reste, ces considérations n’ont strictement rien à voir avec la « liberté de la presse25 ».

L’organisation parisienne s’en prend également à l’avocate Eva Golinger. Son crime ? Avoir révélé au grand jour le nom de tous les journalistes vénézueliens financés par les Etats-Unis par le biais de la USAID, et où « figure notamment le correspondant de Reporters sans frontières », comme le reconnaît le rapport rédigé par Ménard26.

RSF assure également que le président Chávez est conseillé par plusieurs personnalités mondiales pour la réforme constitutionnelle et cite, entre autres, l’Argentin Norberto Ceresole. Le seul problème est que Ceresole est décédé en 2003 d’un infarctus du myocarde. Ces grossières erreurs factuelles montrent le peu de crédit du rapport de l’organisation27.

RSF s’est forgée son opinion sur la réalité médiatique vénézuelienne après seulement cinq jours de présence dans le pays, « du 24 au 28 mai 2007 », et après s’être entretenue uniquement avec des journalistes et patrons de presse de l’opposition. Son objectif de départ était très clair : transformer une décision administrative commune à tous les pays du monde en un acte de censure et d’atteinte à la liberté de la presse. Comment l’organisation parisienne peut-elle prétendre faire preuve d’impartialité et de sérieux avec de telles pratiques28 ?

Pourquoi RSF ne s’est-elle pas indignée contre le non renouvellement de la concession de la chaîne de télévision espagnole TV Laciana en 2004, de la chaîne TV Católica en 2005 et de la chaîne Tele-Asturias en 2006 ? Pourquoi RSF ne s’est-elle pas mobilisée contre le non renouvellement de la concession des chaînes britanniques One TV, Actionworld et StarDate TV 24 en 2006, ou de Look for Love 2 en 2007 ? Pourquoi Robert Ménard ne s’est-il pas rendu au Pérou pour enquêter sur la fermeture de deux chaînes de télévision en 2007, ou au Salvador quand le gouvernement a décidé de révoquer la concession de la chaîne Salvador Network en 2003 ? Pourquoi RSF est-elle restée impassible quand le Canada n’a pas procédé au renouvellement de la concession de la chaîne Country Music Television (CMT) en 1999 ? Pourquoi RSF a-t-elle passé sous silence la révocation de la concession des chaînes étasuniennes Daily Digest en 1998 et FCC Yanks Trinity License en 199929 ?

Cette indignation à géométrie variable démontre clairement que le cas ordinaire de RCTV n’est qu’un prétexte pour RSF afin de stigmatiser Hugo Chávez et continuer sa guerre de désinformation contre un gouvernement démocratique et populaire. Quand à la liberté d’expression, toute personne ayant passé 24 heures au Venezuela ne peut que s’étonner du ton acerbe et fanatique des chaînes d’opposition à l’égard du gouvernement. Affirmer le contraire serait un extraordinaire acte de mauvaise foi.

Le véritable rôle de RSF n’est pas de défendre la liberté de la presse comme elle le prétend, mais de promouvoir les intérêts politiques et économiques des entités qui la financent. Parmi celles-ci se trouve le gouvernement des Etats-Unis, qui arrose généreusement l’organisation parisienne par le biais la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy), organisation que le journal le plus important du monde, le New York Times, qualifie d’officine écran de la CIA30.

Notes

1 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », 5 juin 2007. www.rsf.org/img/doc/rapport_rctv_fr.doc (site consulté le 6 juin 2007).

2 Ibid. ; Libro Blanco de RCTV, « Mitos y hechos sobre Radio Caracas Televisión », Cuba Debate, 30 mai 2007.

3 L’Express, « Chávez bâillonne la dernière chaîne d’opposition », 29 mai 2007.

4 Ibid.

5 Ibid.

6 Ibid. Pour les 652 infractions voir Jean-Luc Mélanchon, « Où va la bonne conscience anti-chaviste », 26 mai 2007, www.jean-luc-melanchon.fr (site consulté le 30 mai 2007). Pour le sabotage pétrolier voir Agencia Bolivariana de Noticias, « No aceptaremos comportamientos antidemocráticos de la oposición », 3 novembre 2006.

7 Lamia Oulalou, « Chávez bâillonne la télé d’opposition », Le Figaro, 26 mai 2007.

8 Eva Golinger, El código Chávez (La Havane: Editorial de Ciencias Sociales, 2005), p. 125.

9 Bart Jones, « Hugo Chávez Versus RCTV », Los Angeles Times, 30 mai 2007.

10 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

11 Bart Jones, « Chávez As Castro ? It’s Not That Simple In Venezuela », Houston Chronicle, 7 février 2007.

12 Reporters sans frontières, « Un journaliste a été tué, trois autres ont été blessés et cinq chaînes de télévision brièvement suspendues », 12 avril 2002. www.rsf.org/article.php3?id_article=1109 (site consulté le 13 novembre 2006).

13 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit. ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Hoy el pueblo demostró que está mobilizado en apoyo a la revolución », 2 juin 2007.

14 Ibid.

15 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

16 El Nuevo Herald, « Legisladores de EEUU y Europa condenan cierre de RCTV », 25 mai 2007.

17 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

18 Ibid. ; Telesur, « Informe RSF ‘Cierre de Radio Caracas Television. La consolidación de una mentira mediática a través de 39 embustes », 7 juin 2007.

19 Telesur, « Informe RSF ‘Cierre de Radio Caracas Television. La consolidación de una mentira mediática a través de 39 embustes », op. cit.

20 Agencia Bolivariana de Noticias, « RCTV ha sido el canal más sancionado en Venezuela », 29 mars 2007.

21 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

22 Ibid.

23 Ibid. ; Néstor Ikeda, « CIDH pide a Chávez proteger libertad de expresión », Associated Press, 25 mai 2007.

24 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

25 Ibid.

26 Ibid.

27 Ibid. ; Telesur, « Informe RSF ‘Cierre de Radio Caracas Television. La consolidación de una mentira mediática a través de 39 embustes », op. cit.

28 Reporters sans frontières, « Fermeture de Radio Caracas Television : la consolidation d’une hégémonie médiatique », op. cit.

29 Jean-Luc Mélanchon, « Où va la bonne conscience anti-chaviste », op. cit.

30 Robert Ménard, « Forum de discussion avec Robert Ménard », Le Nouvel Observateur, 18 avril 2005. www.nouvelobs.com/forum/archives/forum_284.html (site consulté le 22 avril 2005) ; John M. Broder, « Political Meddling by Outsiders : Not New for U.S. », The New York Times, 31 mars 1997, p. 1.



RCTV : les dessous cachés du cirque européen contre Chavez.

Par Maxime Vivas

Le 15 mai 2007, une alliance majoritaire entre les partis de la droite européenne, PPE, ALDE, UEN avec l’ITS (groupe politique d’ extrème droite, notamment de Jean-Marie et Marine Le Pen) a obtenu, contre l’avis de tous les autres partis, qu’une « Résolution du Parlement européen sur le Venezuela » soit inscrite à l’ordre du jour, pour un vote.

Cette résolution affirme que le non renouvellement de la licence hertzienne de la chaîne de télé RCTV condamne ce média qui emploie 3 000 salariés à disparaître, que la « fermeture de ce média » contrevient au droit de la presse à jouer son rôle de contre-pouvoir, que le gouvernement vénézuélien doit garantir une information pluraliste et faire respecter la liberté d’expression, Elle appelle au dialogue entre le gouvernement et RCTV.
Enfin, elle demande au Tribunal supérieur de justice vénézuélien d’annuler dans les plus brefs délais le décret entérinant la fin de la licence de diffusion de RCTV.

- Cette résolution de la droite et extrême droite parlementaire européenne (groupes majoritaires) est bourrée d’erreurs puisque RCTV ne va pas disparaître (elle sera privée de la voie hertzienne mais pourra émettre librement via le câble, le satellite, et Internet), que les salariés garderont leur emploi, que le pluralisme de l’information est garanti au Venezuela comme nulle part en Amérique latine. De plus, les incessantes invitations au dialogue en 2005 et 2006 lancées par la CONATEL (équivalent de notre CSA) se sont heurtées à des fins de non recevoir de RCTV.

- Cette résolution n’est soutenable que si l’on accepte trois postulats :

1. une chaîne de télévision privée qui a obtenu une licence pour 20 ans bénéficie en fait d’une licence à perpétuité.

2. une chaîne de télévision privée qui appelle à un coup d’Etat contre un président élu, qui bafoue les lois (publicité clandestine, fraude fiscale, non respect des quotas de production nationale, introductions d’images subliminales dans des émissions pour la jeunesse [1]etc.), qui refuse tout dialogue avec les Autorités peut EXIGER ce renouvellement.

3. Le Tribunal supérieur de justice vénézuélien ne doit pas se prononcer en son âme et conscience, en organisme indépendant (y compris de l’Europe), en application de la législation de son pays, mais « annuler » la décision de non renouvellement.

- Cette motion est lacunaire puisque RCTV peut émettre librement via le câble, le satellite, Internet. Les centaines de chaînes qui, à travers le monde, émettent ainsi NE SONT PAS FERMEES.

- Cette résolution fait preuve d’une sollicitude, pour d’hypothétiques licenciés vénézuéliens, dont la droite nous prive trop souvent pour des licenciés européens d’entreprises qui ferment VRAIMENT, de par la seule volonté de leur patron.

- Cette résolution nous rappelle qu’on n’a pas lu de motion analogue quand, durant le coup d’Etat d’avril 2002, des médias vénézuéliens dont la licence n’était pourtant pas caduque ont été brutalement fermés, complètement, sans préavis, tandis que des journalistes étaient arrêtés, voire torturés, puis quand l’information disparut des écrans pour masquer l’échec du putsch.

- Cette résolution nous interpelle sur ce qui se passerait demain si une télé française appelait l’armée à renverser Sarkozy, propageait les plus gros mensonges pour y aider, organisait une marche sur l’Elysée, s’acoquinait avec ceux qui tirent des coups de feu dans la rue, approuvait ceux qui ont dissous le gouvernement, le parlement et la plupart des Institutions étatiques, interdit les syndicats, démis tous les hauts fonctionnaires, pourchassé les journalistes non putschistes. Si tout cela se produisait, nos parlementaires signataires se battraient-ils pour que soit accordé à cette télé le droit de démontrer, pendant 20 ans de plus, son amour si particulier pour la démocratie ? Dans le cas inverse, ils indiqueraient que ce qu’ils admettent pour le Venezuela leur paraît indigne pour la France, faisant ainsi montre d’un esprit néo-colonial.

- Cette résolution nous suggère que, puisque nos médias nos télévisions privilégient un certain courant de pensée (le directeur adjoint de la campagne de Sarkozy étant coopté par la direction de TF1), il serait utile d’en voter une autre, pareillement soucieuse de la liberté d’expression et du pluralisme et destinée à l’Europe.

- Cette résolution s’est alimentée d’informations portées à Strasbourg par Marcel Granier, patron de RCTV, appuyé par Robert Ménard de RSF.


C’est le socialiste français, Jean-Pierre Cot, ancien président du groupe socialiste qui a fait inviter Marcel Granier au parlement européen il y a deux mois. Dans un premier temps les socialistes européens ont demandé l’inscription de cette question à l’ordre du jour puis, divisés, ils ont flotté pour ensuite se prononcer contre l’inscription de la motion à l’ordre du jour des urgences des droits de l’homme, et au final pour se rallier au compromis de gauche et voter contre la motion de la droite.

Jean-Marie Cavada a beaucoup insisté officiellement auprès des instances du parlement européen pour que le cas de RCTV soit inscrit à l’ordre du jour des urgences des droits de l’homme du Parlement européen (au même titre que les massacres, les disparitions forcées ou la torture).

Le 21 mai, le député Vert français Alain Lipietz proposait une motion, moins marquée que celle du PPE, mais en retrait sur ses déclarations passées après un voyage au Venezuela où il avait pu visiter des studios de télévisions (dont Vive TV) et se faire un juste opinion dont il avait honnêtement rendu compte. Sa motion regrettait que cette décision établisse « un précédent » et il sollicitait que le cas de RCTV soit examiné au sein des délégations et commissions compétentes du Parlement européen.

De Paris, le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, ami du Venezuela, informait les parlementaires socialistes français et européens. D’un peu partout, d’autres amoureux de la vérité et de la liberté interpellaient des responsables socialistes (dont Fabius, qui ne souffla mot).

Le groupe de gauche GUE/NGL (qui regroupe les communistes et les Verts nordiques), a présenté une résolution insistant sur le droit souverain du gouvernement vénézuélien de réguler son espace audiovisuel et de son obligation constitutionnelle de ne pas permettre des monopoles et des concentrations des médias.

En fin de compte, après une intense activité de ce groupe, un compromis put être signé sur une motion alternative incluant le GUE/NGL, le PSE (groupe du parti socialiste européen) et les Verts.

Ce compromis considère que le non renouvellement de la licence de diffusion VHF de RCTV par l’organe régulateur de l’espace hertzien vénézuélien a été justifié par l’appui de cette télévision à la tentative de coup d’Etat militaire de 2002, au blocage pétrolier de 2003 et par son comportement partial lors du référendum révocatoire de 2004, ainsi que par des violations répétées de la législation sur la protection de l’enfance, de la protection de l’image des femmes et des indigènes à la télévision ;

Il note que la question du pluralisme et de la liberté d’expression dans l’Amérique latine et (notez la malice) aussi dans l’Union européenne devrait être traité dans le cadre d’un dialogue constructif avec les structures de coopération parlementaires existantes entre l’UE et l’Amérique Latine ainsi qu’avec les représentants des gouvernements et de la société civile ; demande par conséquent aux délégations et commissions compétentes du Parlement européen de se saisir de cette question.

Il demande aux autorités du Venezuela, au nom de l’impartialité de l’Etat, de veiller à la non concentration des médias, la qualité, au pluralisme de l’information, et au respect des normes en vigueur.

Il appelle les médias vénézuéliens privés et publics au traitement objectif et impartial de la vie politique vénézuélienne ; soutient les médias qui assurent le pluralisme et la légalité démocratique.

Il prend note de l’annonce du gouvernement vénézuélien qu’il assumera strictement les décisions du pouvoir judiciaire au sujet de la RCTV ; il demande à toutes les parties de faire de même.

Ce dernier point est important : le Tribunal suprême de justice s’est prononcé le 23 mai en rejetant le recours de RCTV. La suppression d’un des canaux d’émissions d’une télé putschiste est donc non seulement légitime, mais légale au Venezuela. La distinction est faite entre le rôle de contre-pouvoir et celui d’incarnation du pouvoir.

Sentant le vent venir, les groupes de droite avaient in extremis modifié leur résolution dans un « compromis final » qui n’appelle plus le tribunal à trancher, mais qui déclare par avance sa décision nulle au prétexte qu’il « n’a pas respecté le délai légal pour statuer ».

Autre version chez Reporters sans frontières dont un communiqué, « déplore » la décision du Tribunal car « la licence est valable jusqu’en 2022 », fable inventée par Marcel Granier, qu’aucun parlementaire européen n’a jugé utile de reprendre. RSF précise en outre qu’elle a envoyé au Venezuela des représentants pour soutenir RCTV et rencontrer les médias et les autorités concernées.


Cette décision de Justice a de quoi laisser muets nos parlementaires européens, qui l’étaient déjà lors de la suppression par notre CSA de la licence de TV6 en 1987 et d’Al Manar, en 2004, par la mise en demeure par le CSA, le 21 mai 2007, d’Eutelstat de ne plus diffuser Al Jazeera, par la révocation en Espagne de la concession de TV Laciana en 2004 et de TV Catolica en 2005, la fermeture de TeleAsturias en Mars 2007 par la révocation au Royaume-Uni de la licence de One TV, d’Actionworld et de StarDate TV.24 en 2006, de Look 4 love 2 en 2007.

Mais, s’il s’agit d’observer leur vigilance relative à l’Amérique latine, on risque de déplorer un tri sélectif : en avril 2007, le Pérou a fermé deux chaînes de télévision pour infraction à la réglementation. En 2003, Le Salvador a révoqué la concession de Salvador Network.

Plus au Nord sur le continent américain ? En 1999, le Canada révoque la concession de Country Music Television (CMT). En 1969, les Etats-Unis révoquent la concession de WLBT-TV, en 1981 de WLNS-T, en 1998 de Daily Digest et en 1999 de FCC Yanks Trinity License.


La résolution de la droite du parlement européen contre le Venezuela, a été votée sournoisement le 24 mai, sans quorum, en détournant la procédure des urgences pour les droits de l’homme, conçue pour des sujets consensuels de défense des libertés fondamentales.

Sur 785 députés, 65 seulement étaient présents. Le vote a été acquis par 43 voix contre 22.
Jean-Marie Cavada n’a pas daigné descendre de son bureau à l’hémicycle pour assister au débat ou participer au vote des résolutions..... Parmi les rares députés français présents pour le vote, on remarquait Pervenche Bérés (PSE) et le communiste Francis Wurtz (GUE/NGL).

Ce vote est bien, ainsi que le reconnaissent sans difficulté des parlementaires de droite dans les couloirs de Strasbourg, « un vote politique ».

L’objectif est en effet de punir un pays qui prétend récupérer ses richesses naturelles, aider les autres pays de la région à se soustraire à la misère et à l’Empire, qui vient de se retirer du FMI et de la banque mondiale, qui projette de créer une banque du Sud.

A la tête de ce pays, un homme qui gagne élections sur élections, porté par son peuple, malgré la violence de médias appartenant pour l’essentiel à l’opposition.

Maxime Vivas


PS.

- La résolution finale de la droite et extrême droite ne parlait plus de « condamnation » à disparaître pour RCTV mais de « risque » de disparition.
Longue est la route qui serpente devant les vérités évolutives.

- Au moment où j’écris ces lignes (vendredi 25 mai, 10 heures à Caracas), je ne suis pas en mesure de connaître la liste nominative des députés qui ont voté cette résolution. Nul doute que les lecteurs l’obtiendront et l’ajouteront en commentaire à cet article.




RCTV : au Parlement européen, la droite et Reporters Sans Frontières se liguent contre le Venezuela, par Bernard Cassen et Christophe Ventura.


Venezuela : Chávez, les putschistes, la télé et le peuple, par Maxime Vivas.

Quelle sorte de dictateur êtes-vous, Monsieur Chavez ?

Par Javier Adler

Texte paru sur le site de "Rebelión"

Traduction de Antonio L. dédiée à l’inénarrable Paolo A. Paranagua, "spécialiste" de l’Amérique Latine au "prestigieux" journal Le Monde et à ses congénères de Libération et d’ailleurs !




Monsieur Chavez,

J’observe depuis des années votre étrange comportement comme dictateur. Passe encore que vous arriviez au pouvoir par des élections après tout il faut bien y arriver d’une façon ou d’une autre, mais ce qui suit est injustifiable !

- Primo, vous vous proposez de changer la Constitution et pour cela vous ne trouvez rien de mieux que de consulter le peuple. Qu’est-ce à dire ?... Pire encore, vous convoquez des élections pour élire les membres de l’Assemblée Constituante puis une autre consultation pour approuver la Constitution. Inexplicable du point de vue des principes de la dictature.

- Deuxièmement, nouvelles élections en 2000 et ensuite d’autres élections successivement dans des secteurs moins importants. Mais pourquoi ? Oublieriez-vous par hasard que vous n’avez pas besoin de l’approbation du peuple ? Et maintenant vous menacez encore de nouvelles élections en 2006 ! Reprenez-vous, Monsieur Chavez ! Un peu de bon sens avant qu’il ne soit trop tard !

- Troisièmement, on tente un coup d’état contre vous et lorsque le Tribunal Suprême relaxe les putschistes... vous acceptez le verdict ! Mais quelle sorte de dictateur totalitaire et bananier procède de cette façon ? Au nom du ciel, même les fameux pistoleros n’ouvrirent le feu contre aucune manifestation et il n’étaient pas non plus à votre solde. Les médias ont été obligés de faire un montage mais seulement pour vous tirer de l’embarras afin que personne ne puisse dire que vous n’êtes pas un dictateur. Cessez de vous appuyer sur les médias, Monsieur Chavez, et soyez un dictateur par vos propres mérites.

- Quatrièmement, l’opposition sabote l’économie (parce que, dans votre insolite dictature, il y a une opposition) et la seule chose qui vous vient à l’esprit c’est de licencier (légalement !) quelles cadres de PDVSA. Là, il n’y a aucune excuse possible, Monsieur Chavez : vous avez eu deux mois pour réagir et tirer quelques coups de feu, emprisonner des gens, décréter quelques états d’exception, etc. Bref, comme n’importe quel dictateur qui se respecte !!

- Cinquièmement, le référendum révocatoire. Non seulement vous introduisez cette possibilité dans la Constitution -ce qui est du jamais-vu pas seulement chez les dictateurs mais dans les gouvernements démocratiques- mais en plus, tranquillement, vous permettez qu’il soit mené à terme. Et n’essayez pas de nous raconter que vous pensiez arranger les résultats, parce que les observateurs internationaux ont affirmé que le scrutin était « propre ». Oui, oui, une élection propre, ne le niez pas !

Pour résumer, c’est bien que vous revêtiez de temps en temps l’uniforme et que vous chantiez à la télévision. Mais pour le reste, votre comportement comme dictateur laisse beaucoup à désirer. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir reçu des médias les rappels quotidiens de votre nature autoritaire.

C’est déjà largement suffisant que nos démocraties se comportent anti-démocratiquement ; si en plus les dictateurs ne se comportent pas comme tels !...

S’il vous plaît, un peu de cohérence.

Bien à vous

Javier Adler

http://www.rebelion.org/noticia.php...

http://www.bellaciao.org/fr/article...

Le Monde encense un journaliste de RCTV

Par Romain Migus

Paolo A. Paranagua se trouverait donc à Caracas si l'on en croit la mention "envoyé spécial" qui accompagne ses récents articles de propagande contre le gouvernement bolivarien.

Cette fois, c'est le portrait d'une "grande vedette de la télévision vénézuélienne", qu'il nous dresse dans Le Monde du 25 mai 2007 (1). Il s'agit de Miguel Angel Rodriguez, présentateur de l'émission "La entrevista" diffusée tous les matins sur RCTV, le TF1 vénézuélien.

Cette émission n'est pas critique par rapport à l'action du gouvernement, elle est carrément hostile. Tous les moyens sont bons pour discréditer le gouvernement. Du trucage médiatique aux plus grosses calomnies.

Le 5 mai au matin, les Vénézuéliens qui se réveillent avec Miguel Angel Rodriguez ont été témoins d'une manipulation de la sorte. Le présentateur commente un extrait de la conférence de presse du directeur du Corps d'Investigation Scientifique, Pénale et Criminelle (CICPC, l'équivalent vénézuélien du FBI). Lors de sa déclaration, le directeur du CICPC, Marcos Chavez, énumère les 219.000 DELITS (delitos en espagnol) commis au Venezuela depuis 2004. Une légère baisse, mais le chiffre reste élevé.

Mais Miguel Angel s'emballe, il a déjà son scénario tout prêt : "Chers téléspectateurs, nous allons repasser en image cette déclaration." On peut alors réécouter Marcos Chavez parler de 219.000 délits commis. Miguel Angel regarde alors la caméra fixement et, avec une rage quasi-hystérique, il hurle au téléspectateur : "Rendez-vous compte ! 219.000 homicides depuis 2004, mais dans quel pays vivons-nous ?"

Peut-il se tromper alors qu'il vient lui-même de diffuser deux fois l'extrait de la conférence de presse, qu'il vient d'écouter, par deux fois, le directeur du CICPC parler de "délits" et non d'homicides ? Jusqu'à preuve du contraire, le vol d'un téléphone portable, même si cela reste un acte punissable, n'est en rien comparable à un assassinat.

Autre exemple des pratiques de notre présentateur – star… Peu avant les élections présidentielles de décembre 2006, le Conseil National Electoral (CNE) interdit aux médias nationaux de publier des sondages à la sortie des urnes. Cette pratique a été une tactique essentielle des diverses "révolutions oranges" en Europe de l'Est et au Caucase, où l'entreprise étatsunienne Penn, Schoen & Burland, diffusait des sondages trompeurs présentant toujours le camp pro-étatsunien comme largement vainqueur. (2)

Au Venezuela, la même tactique avait déjà été utilisée durant le référendum révocatoire en aout 2004. Penn, Schoen & Burland donnait l'opposition gagnante avec 60%. En réalité, ce fut Chavez qui obtint ce chiffre, les résultats officiels étant confirmés par tous les observateurs internationaux.

Devant cette interdiction de diffuser des sondages sortie des urnes, Miguel Angel Rodriguez s'insurge. Il y a de quoi, le pouvoir électoral vient de couper l'herbe sous le pied de l'opposition putchiste : "Mais enfin, la publications des sondages à la sortie des urnes est une pratique UNIVERSELLE !", prétend-il.

Chers lecteurs français, il ne sert à rien que vous écriviez à ce "grand journaliste" pour l'informer qu'en France aussi, c'est interdit. Miguel Angel - qu'on ne peut qualifier d'idiot - le sait très bien. Mais il a ainsi injecté à ses téléspectateurs un sentiment d'injustice flagrante. Les amenant à soupçonner la préparation d'une fraude généralisée.

De tels exemples, nous pourrions les multiplier.Nous pourrions rajouter que les partisans du gouvernement sont régulièrement qualifiés de "milices", de "guérilleros urbains", et "d'envahisseurs" dans le cas des paysans sans terre. En fait, Miguel Angel Rodriguez, bien loin d'exercer la noble profession de journaliste, est un acteur politique sans scrupules à qui RCTV a offert deux heures de grande audience.

Visiblement, l'envoyé spécial du Monde, Paolo A. Paranagua n'a pas pris le temps de visionner l'émission de RCTV avant de faire l'éloge de son présentateur. Ou alors partagerait-il les mêmes valeurs d'information partiale et réactionnaire de son homologue vénézuélien ? Cette partialité serait alors inquiétante pour le droit à être informé dont tous les citoyens français devraient jouir.

Comment expliquer cette partialité de Rodriguez ? L'avocate Eva Golinger (3) s'y est attachée. Elle vient de dévoiler des documents déclassifiés des Affaires étrangères étasuniennes. Ces documents établissent que le héros de Monsieur Paraguana a reçu, comme une quinzaine de journalistes de l'opposition, une bourse de ce ministère.

Miguel Angel Rodriguez a recu un financement de 6.085 US$. L'intéressé ne démentira pas. Comment le pourrait-il ? Il se contentera de souligner que 6.085 US$, ce n'est pas une grosse somme (juste vingt fois le salaire minimum vénézuélien). Il ajoutera que cette somme à laquelle se rajoutent ses nombreuses notes de frais lui a été allouée pour participer à un programme du Département d'Etat nommé "The Role of Media in US Society" (le rôle des médias dans la société étasunienne).

Certes, il ne s'agit que d'une bourse émanant du gouvernement des Etats-Unis. Mais sur ce point la loi étasunienne est formelle : "Les personnes ou organisations qui reçoivent des financements, des bourses ou des dons d'une agence des Etats-Unis sont considérés comme du personnel et protégés par la loi comme employés ou contractés du gouvernement des Etats-Unis." (5 U.S.C. § 552 (b)(6), Norwood v. FAA, 580 F.Supp. 994 (WD Tenn. 1983).

Pourquoi donc Paolo A. Paranagua, quand il fait l'éloge de Miguel Angel Rodriguez, omet-il de préciser qu'il défend un employé du gouvernement des USA, lequel est impliqué dans un coup d'Etat contre le gouvernement bolivarien ? Pourquoi donc le Monde ne publie-t-il pas un rectificatif ou une modération de l'article de Paranagua ? Pourquoi donc les citoyens français doivent-ils être manipulés de la même manière que les Vénézuéliens le sont par leurs médias commerciaux ?

Les révélations d'Eva Golinger ne s'arrêtent pas là. En effet, un autre document déclassifié du département d'Etat, datant de mars 2001, indique : "Comme dans presque tous les programmes du "journalisme IV" [le programme mis en place par le département d'Etat qui concerne ces journalistes vénézuéliens], notre objectif est d'informer le participant sur les pratiques et règles du journalisme aux Etats-Unis, particulièrement dans le domaine du journalisme civique, pour pouvoir influer sur la manière, et plus tard, sur la couverture donnée sur des sujets importants de la politique extérieure étasunienne, et pour consolider le processus démocratique aux Venezuela."

Les objectifs de ce type de programme d'échange sont donc limpides. Il s'agit ni plus ni moins que de s'installer confortablement au cœur des médias commerciaux vénézuéliens pour orienter l'opinion vénézuélienne en faveur des intérêts du gouvernement US. Ainsi, Paolo A. Paraguana nous indique que Miguel Angel Rodriguez "verrait bien le chef de l'Etat comparaître devant des tribunaux ou devant une cour internationale pour "violation des droits de l'homme". Rien que ça ! Cette Cour sera-t-elle financée par les Etats-Unis comme le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie ? Chavez pourrait-il alors mourir en prison avant d'être jugé, comme Milosevic ? En tout cas, cette remarque de l'employé du Département d'Etat n'a pas choqué l'envoyé spécial du Monde. Quant à la "consolidation du processus démocratique au Venezuela", ce sont précisément les Etats-Unis et leurs employés qui l'ont à maintes reprises bafouée, notamment en organisant le coup d'Etat de 2002.

Encore plus éclairant, et permettant de dissiper les derniers doutes : le rapport émis par le Département d'Etat sur Enrique Reynaldo Trombetta, un autre participant au programme "journalisme IV" : "Nous espérons que la participation de Mr. Trombetta comme boursier de type IV sera directement reflétée dans ses reportages sur des thèmes politiques et internationaux. Au cours de son ascension dans sa carrière, nos liens profonds avec lui signifieront un ami potentiel important en position d'influence éditoriale. (…) Ceci veut dire qu'il aura une influence significative sur les autres journaux en ce qui concerne les sujets importants pour l'ambassade, comme l'ALCA et la politique anti-terroriste. Cela pourra se traduire par une compréhension meilleure et une sympathie pour les positions des Etats-Unis, et ça se reflétera dans ses reportages." (Document déclassifié du Département d'Etat datant d'août 2002, soit quatre mois après le Coup d'Etat).

L'objectif est clair et la technique n'est pas neuve, elle a déjà fait ses preuves dans d'autres pays avec d'autres "journalistes indépendants". Nous imaginons certainement que Paolo A. Paraguana - qui ne débute pas dans le métier - a déjà entendu parlé de ce type de pratique du gouvernement des Etats-Unis. Alors pourquoi avoir dressé une telle hagiographie d'un employé du gouvernement des Etats-Unis ? Le rôle du Monde ne devrait-il pas être d'informer les lecteurs français sur ce qui se passe vraiment au Venezuela ?

Le journaliste du Monde, dont l'objectif de la présence à Caracas nous échappe, n'a donc pas assisté à la conférence de presse où l'avocate Eva Golinger a dévoilé ces documents du Département d'Etat que nous mentionnons. Certainement trop occupé à se faire le porte-parole de l'opposition vénézuélienne radicale, Paranagua n'a même pas lu tous les journaux qui se font l'écho de cette conférence de presse. Le lecteur du Monde n'en saura donc rien.

Pourquoi ?


Notes:

(1) Paolo A. Paranagua, "Miguel Angel Rodriguez, une voix de trop pour Hugo Chavez", Le Monde, 25/05/07. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-914730@51-897252,0.html

(2) Voir Romain Migus, "Derrière le masque démocratique de l'opposition vénézuélienne", Risal, http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1965

(3) Auteur en français de l'ouvrage incontournable : Code Chavez : CIA contre Venezuela, éd. Oser Dire, 2006. Ouvrage disponible en écrivant à nessa.kovic@skynet.be

CHAVEZ PRESIDENTE !

Hugo Chávez est le président le plus populaire - et le plus haï - d’Amérique Latine. Pour vaincre la misère dans un Vénézuela où le pétrole coule à flots, n’a-t-il pas engagé une révolution ? Haut en couleur, ancien lieutenant-colonel au passé de putschiste, Chávez fascine les uns et dérange les autres. En particulier l’oligarchie vénézuelienne et les Américains qui, dans le climat de l’après-11 Septembre, voudraient se débarasser de ce dirigeant trop indépendant. Et prendre le contrôle de l’or noir.

Toutes les forces de l’opposition s’unissent dans un seul but : faire tomber le Président. Pour le déstabiliser, elles peuvent compter sur une groupe de militaires et sur quelques « amis » de la CIA. Les médias se chargeront de soulever la société civile en brandissant la menace d’une dictature. Le plan est établi, le sang va couler et Chávez fera un coupable idéal. Mais les conspirateurs oublient l’essentiel : le jour J, comment réagira le peuple, l’immense masse des déshérités ?

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Rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique, spécialiste de l’Amérique Latine, , Maurice Lemoine est l’auteur de Sucre Amer, la dette et Amérique centrale les naufragés d’Esquipulas.

Présent à Caracas le 11 avril 2002, il a couvert la tentative de coup d’état contre Hugo Chávez.

Chávez presidente ! est un roman d’espionnage qui constitue à la fois une chronique du coup d’Etat contre le président vénézuélien Hugo Chavez en 2002 et une mise au jour des mécanismes des jeux de pouvoirs internationaux.

Lire l'interview de Maurice Lemoine

L’Amérique du sud vers un futur alternatif


par Adam Kesher, 14 January 2007

Traduction libre du dernier article de Noam Chomsky, paru le 5 janvier dans l’International Herald Tribune, plus factuel qu’analytique. Les liens ont été ajoutés à la main.

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Le mois dernier, la coïncidence d’une naissance et d’une mort ont marqué un signal de transition pour l’Amérique du Sud et pour le monde.

L’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est mort alors que des dirigeants de pays sud-américains se réunissaient à Cochabamba (Bolivie), pour un sommet de deux jours accueilli par Evo Morales, dont l’ordre du jour était à l’antithèse de Pinochet et de son époque.

Dans la déclaration de Cochabamba, les Présidents et les représentants de 12 pays ont pris le principe d’étudier l’idée de former une communauté continentale similaire à l’Union européenne.

Cette déclaration marque une nouvelle étape vers l’intégration régionale de l’Amérique du Sud, 500 ans après les conquêtes européennes. Le sous-continent, du Venezuela à l’Argentine, pourrait constituer un exemple pour le monde : celui de la création d’un futur alternatif à partir d’un empire de terreur.

La domination des Etats-Unis sur la région s’est appuyée sur deux méthodes principales : la violence et l’étranglement économique. D’une façon générale, les affaires internationales ont plus qu’un air de ressemblance avec la mafia. Le parrain ne le prend pas à la légère quand on le met en colère, même si c’est le fait d’un petit commerçant.
Des tentatives d’indépendance ont précédemment été écrasées, en partie en raison d’un manque de coopération régionale. Sans elle, les menaces peuvent être traitées une par une. (L’Amérique Centrale, malheureusement, n’en est pas à surmonter les peurs et la destruction héritées des décennies de terreur américaine, surtout celle des années 80.)
Aux yeux des Etats-Unis, le véritable ennemi a toujours été le nationalisme indépendant, surtout quand il menace de devenir un « exemple contagieux », pour reprendre la qualification utilisée par Henry Kissinger pour décrire le socialisme démocratique au Chili.

Le 11 septembre 1973, les forces de Pinochet attaquaient le palais présidentiel chilien. Salvator Allende, Président démocratiquement élu, mourut dans le palais, apparemment de sa propre main, refusant de se rendre à l’attaque qui allait démolir la plus ancienne et vivante démocratie d’Amérique Latine et établir un régime de torture et de répression.

Le bilan officiel du régime fut de 3200 morts. Le véritable bilan est généralement estimé au double. Une enquête officielle menée 30 ans après le coup d’Etat fait état d’environ 30 000 cas de torture sous Pinochet. Parmi les dirigeants présents à Cochabamba figurait la présidente chilienne, Michelle Bachelet. Comme Allende, elle est socialiste et physicienne. Elle est aussi une ancienne exilée et prisonnière politique. Son père, général, mourut en prison après avoir été torturé.

A Cochabamba, Morales et son homologue venezuelien Hugo Chavez ont célébré un projet de joint-venture dans le domaine du gaz en Bolivie. Une telle coopération renforce le rôle de la région comme acteur majeur de l’énergie mondiale.

Le Venezuela est le seul pays latino-américain déjà membre de l’OPEP, avec de loin les plus grandes réserves de pétrole en dehors du Moyen-Orient. Chavez soutient Petroamerica, un système d’énergie intégré du même type que celui que la Chine tente de lancer en Asie.

Le nouveau président équatorien, Rafael Correa, a proposé une voie commerciale qui relierait la forêt amazonienne brésilienne à la côte pacifique de l’Equateur – un équivalent sud-américain au canal de Panama.

D’autres projets prometteurs incluent Telesur, une chaîne de télévision pan-latinoaméricaine basée au Venezuela avec la volonté de briser le monopole des médias occidentaux.

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a appelé ses collègues dirigeants à surmonter les différences historiques et à unifier le continent, quelle que soit la difficulté de la tâche.

L’intégration est un pré-requis à l’authentique indépendance. L’histoire coloniale – l’Espagne, l’Angleterre, d’autres puissances européennes, les Etats-Unis – a non seulement séparé les pays les uns des autres, mais a aussi laissé des divisions acides au sein des pays, entre de petites élites riches et des masses de peuples miséreux.

Les principaux contrôles économiques des dernières années ont été le fait du Fonds Monétaire International, qui est virtuellement une branche du Ministère des finances étasunien. Mais l’Argentine, le Brésil et maintenant la Bolivie ont pris des initiatives pour se libérer des contraintes du FMI.

En raison des nouveaux développements en Amérique du Sud, les Etats-Unis ont été forcés d’ajuster leur politique. Les gouvernements qui ont aujourd’hui l’appui des Etats-Unis – comme le Brésil de Lula – auraient très bien pu être renversés dans le passé, comme le fut le Président brésilien Joao Goulart en 1964, à la suite d’un coup d’Etat soutenu par les USA.

Il n’en reste pas moins que, pour faire accepter sa ligne politique, Washington a besoin de passer certains faits sous silence (1). Par exemple, quand Lula fut réélu en octobre, un de ses premiers actes fut d’aller soutenir Chavez, alors en campagne, à Caracas. De plus, Lula a lancé un projet brésilien au Venezuela, un pont sur la rivière Orinoco, et discuté d’autres joint-ventures.

Le tempo s’accélère. Le mois dernier, le Mercosur, la communauté économique des pays d’Amérique du sud, a poursuivi le dialogue sur l’unité sud-américaine au cours de son sommet biannuel au Brésil, qui a aussi vu Lula inaugurer le parlement du Mercosur – un autre signe prometteur de délivrance des démons du passé.

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(1) en anglais : “To maintain Washington’s party line, though, it’s necessary to finesse some of the facts”

diaporama



Le Venezuela paysan

crédits photo: Pierre Doury

Par Teodoro Guevara et Arturo Alvarez Vega.

Membres de la Coordination nationale du Movimiento Agrario Ezequiel Zamora (mouvement agraire Ezequiel Zamora , MAIEZ, organisation affiliée à la Coordinadora Agraria Nacional Ezequiel Zamora, CANEZ). Ils militent l'un et l'autre depuis plus de 40 ans dans le mouvement paysan vénézuélien.


Extrait de "Vía Campesina: une alternative paysanne à la mondialisation néolibérale " (voir informations en fin de l'article)


Venezuela : les lois sur la terre et sur la pêche, des lois pour venir à bout de la pauvreté et de la dépendance

Ce bloc de lois, approuvé par l'exécutif après une intense période de consultations, d'investigations et de discussions, a soulevé l'ire de petits mais puissants secteurs du pouvoir économique du pays. Alarmés, ceux-ci se sont mobilisés pour tenter de pervertir le contenu progressiste et solidaire de ces mesures et s'opposer à une modernisation de l'appareil économique ; ils en ont fait l'enjeu d'un conflit politique avec pour seule fin de défendre leurs intérêts particuliers et de perpétuer un système totalement injuste et irrationnel qui, au cours de ces quarante dernières années, n'a apporté aucun progrès dans l'économie et la production nationale. Ces groupes d'opposants furent ceux-là mêmes qui, durant toute cette période, vécurent grassement de subventions gouvernementales, sans rendre de comptes à la nation, comblés qu'ils étaient par des gains faciles.

Aucun doute n'est possible. Pour le peuple vénézuélien, pour les travailleurs et les travailleuses, ces lois constituaient un bienfait qui se traduit aujourd'hui par un ordre juridique plus juste et conforme à la Constitución bolivariana - approuvée par référendum par une immense majorité des Vénézuéliens, y compris par nombre d'entrepreneurs honnêtes qui, en soutenant la production nationale et en s'opposant à l'emprise réactionnaire des sociétés transnationales, bénéficient du coup d'une certaine protection de leurs propres investissements.

Les travailleurs et les travailleuses de divers secteurs ont montré leur appui à ces lois, entrées en vigueur en novembre 2001. Ils ont infligé un cinglant démenti au discours du président de la Confédération des travailleurs du Venezuela et mis à nu autant son peu de représentativité que l'illégalité de son pouvoir en faisant échec au coup d'Etat fasciste du 11 avril dernier, dont l'un des buts était justement d'en empêcher l'application.

Les Lois sur les terres et sur la pêche

Savez-vous qu'à elles seules huit familles du pays possèdent conjointement plus de 150 mille hectares de terrains ? Pouvez-vous seulement l'imaginer ? Cela représente à peu près l'équivalent de dix-huit fois la surface de la capitale du Venezuela, Caracas, où vivent plus de 4 millions de personnes. Savez-vous de surcroît que ces immenses biens fonciers demeurent la plupart du temps non cultivés, alors qu'ils sont situés dans les régions les plus fertiles du pays ? Eh bien, ce sont ces familles qui ont pris la tête de l'opposition à la Loi sur les terres et le développement agraire (Ley de Tierras y Desarrollo Agrario). De plus, il y a lieu de souligner ici que certaines grandes exploitations, comme par exemple la compagnie de production de liqueurs Santa Teresa, implantées dans les vallées de l'Aragua, ne disposent d'aucun titre de propriété sur les terres qu'elles occupent.

Et l'on pourrait multiplier les exemples de l'inégale distribution des terres dont la révolution bolivarienne a hérité. Une grande partie des exploitants ne pouvaient légitimer leurs possessions, beaucoup de leurs titres de propriété étant des faux ou résultant de successions provenant de " cadeaux " offerts par des gouverneurs de province, des présidents d'Etats ou du président de la République, faits non seulement à l'époque plus obscure de la fin du 19e siècle, mais longtemps encore au cours du 20e.

Les détenteurs de terre qui s'opposent à la loi sont les premiers à prétendre que celle-ci constitue une " offense à la propriété " au motif qu'elle les oblige à payer un impôt si ces étendues, parmi les plus productives du pays, restent inutilisées. Or qui sont ces gens ? Il s'agit de secteurs parasites qui jouissent de revenus facilement acquis et qui pratiquent l'élevage sur des sols qui conviendraient pourtant tout particulièrement à l'agriculture, sans même apporter un quelconque développement à ce domaine d'activités. Ce sont les secteurs qui profitent de l'agriculture " de port ", qui l'encouragent même, renforçant du même coup la dépendance agroalimentaire du pays, tout en vivant de subsides d'Etat dont ils ne rendent aucun compte.

La loi met en place un ensemble d'avancées qui fortifient le mouvement paysan, la sécurité agroalimentaire et le développement de l'appareil productif. Elle protège les paysans pauvres, stimule la formation de coopératives et d'autres formes de production associatives en les soutenant financièrement et techniquement et en créant parallèlement les conditions de leur viabilité économique par la mise en place des voies de transport et de commercialisation nécessaires.

La Ley de Tierras y Desarrollo Agrario a permis de lancer un processus de répartition plus équitable de la richesse agricole en régularisant le partage de la terre entre paysans par l'intermédiaire de l'Institut national des terres (Instituto Nacional de Tierras). Elle a redonné à la terre sa fonction sociale et valorisé son potentiel productif ; elle a stimulé la construction de centres de population ruraux dotés de services, donnant à leurs habitants accès à la santé, à l'éducation, à une vie digne.

Ce nouvel instrument légal, fondamental en ce qui concerne le processus de libération national initié au Venezuela pas la révolution bolivarienne, vise une harmonisation du développement agropastoral, la réduction et, à terme, l'élimination de la dépendance alimentaire, la conservation et la protection de l'environnement, l'équilibre écologique.

Cette Loi a renforcé l'organisation, la mobilisation et la participation du mouvement paysan et des populations rurales, qui représentent entre 12 et 15 % de la population du pays. Elle ouvre une contradiction fondamentale entre, d'une part, les intérêts du pays, son indépendance, sa souveraineté, ainsi que les droits et les aspirations légitimes des campagnes et, d'autre part, les intérêts mesquins des latifundistes et autres accapareurs de terre. Ce qui est en jeu est la récupération de la fonction sociale de la terre, la poursuite de la lutte pour l'égalité et la justice entreprise par Ezequiel Zamora, surnommé par ses successeurs " le Général du peuple souverain " (el General del Pueblo Soberano) et dont les consignes étaient : " Terre et hommes libres, respect du paysan et élimination des usurpateurs et nobliaux ".*

Cette Loi va de pair avec celle sur la pêche (Ley de Pesca y Acuacultura)**, entrée en vigueur conjointement, afin d'actualiser les politiques et législations étatiques dans ce domaine. Elle réglemente l'exploitation halieutique en protégeant le milieu naturel, en favorisant les pêcheurs artisanaux et en imposant des limites à la pêche industrielle (fixées à six mille marins des côtes maritimes et à dix mille des côtes insulaires), ce qui a pour effet de réduire au maximum les dommages à l'écosystème marin et de garantir aux petits pêcheurs des possibilités réelles de développement et de productivité.

La Loi sur la pêche stipule une protection sociale obligatoire pour les marins embarqués sur les barques de pêche, la reconnaissance des droits sociaux et du travail dans ce secteur où traditionnellement les travailleurs étaient surexploités et sans protection. Elle prévoit un ensemble d'amendes et de sanctions en cas d'infractions commises par les industriels et supprime la réelle impunité dont jouissaient auparavant ces derniers, lorsqu'ils pénétraient dans les zones de pêche réservées aux artisans, détruisaient leurs instruments de travail ainsi que les milieux marins, et n'avaient à payer que des amendes dérisoires. Elle permet de plus de briser les filières d'intermédiaires et de rabaisser le prix des produits marins pour les consommateurs.

Le mouvement paysan

Avant la tentative de coup d'Etat du 11 avril 2002, la vieille oligarchie du pays avait déjà entrepris de s'opposer à l'application de la Loi sur les terres en utilisant tous les moyens légaux et illégaux imaginables et en exerçant toutes les pressions possibles sur le gouvernement.

La remise des premiers titres de propriété s'accompagna des premiers attentats contre le mouvement paysan : Luis Mora, président du Bloc révolutionnaire de la région dénommée Sur del Lago, dirigeant et combattant de pointe de la cause paysanne qui travaillait à la mise en place des instruments de politique agraire régionaux, fut lâchement assassiné par des tueurs à gage le 10 janvier 2002, devant son fils de onze ans. Cet événement se produisit à peine quelque heures après un autre attentat, perpétré celui-ci à Macaraibo, contre José Huerta, à la fois ancien délégué de l'Institut agraire national (Instituto Agrario Nacional) et collaborateur du Ministère de l'agriculture, militant et dirigeant paysan et membre du Comité central du Parti communiste du Venezuela. D'autres leaders paysans ont également reçu des menaces de mort. Quant aux industriels de la pêche, ils avaient convoqué à une manifestation lors de laquelle ils avaient professé qu'on s'acheminait vers une pénurie de produits maritimes.

Tous ces efforts s'avérèrent vains. Le mouvement paysan continue à progresser en termes d'organisation, de formation et d'articulation à l'échelle nationale ; l'application des lois précitées se poursuit ; les mouvements populaires sont désormais traités en partenaires par le Ministère de l'agriculture et par l'Institut national des terres qui leur reconnaissent une voix décisionnelle dans la politique de développement agricole et de sécurité alimentaire.

Larges mobilisations paysannes face au coup d'Etat

Si quelques-uns signalent un certain désenchantement parmi les couches populaires, suite à une politique trop conciliante à leurs yeux du Président Chavez face à la bourgeoisie au cours des trois années précédant la tentative de coup d'Etat du 12 avril 2002, les reporters de la presse de gauche sont unanimes à souligner le rôle décisif joué par la campagne, aux côtés des ouvriers et des pauvres de la capitale, dans l'échec du golpe.

Andry McInerny, dans Mundo Obrero (New York) du 2 mai 2002, écrit que les 13 et 14 avril " des centaines de milliers de travailleurs et de paysans se sont dressés dans tout le pays pour faire échec au coup d'Etat ". " Des paysans de toutes les régions du Venezuela ", poursuit-il, " se sont massés dans des autocars en direction de Caracas pour protester contre cette tentative ".

Desde Abajo, périodique indépendant de la Colombie voisine, note également que " marchant vers la capitale, des milliers de paysans, bénéficiaires de la réforme agraire, se mobilisèrent spontanément " (10e année, No 67, mai 2002).

Perspectiva Mundial (New York, Vol. 26, No 5, mai 2002) insiste de même sur le " facteur décisif constitué par l'intervention des travailleurs et des paysans dans l'échec du coup d'Etat "...

Le mouvement paysan a joué, aux côtés d'autres secteurs sociaux, un rôle décisif dans les journées du 12, 13 et 14 avril 2002. Il poursuit la révolution bolivarienne en exerçant les pressions nécessaires pour débusquer ceux qui la sabotent et en trahissent les objectifs et se bat pour que les aigrefins qui tentent d'organiser des groupes paramilitaires, de terroriser le mouvement paysan et de contrecarrer le mouvement révolutionnaire, notamment dans la zone frontière avec la Colombie, soient poursuivis en justice et châtiés.

La coordination internationale des paysans vénézuéliens avec les autres mouvements paysans progressistes et révolutionnaires du monde (comme la Vía Campesina) est une nécessité impérieuse en cette période d'aiguisement des contradictions au Venezuela ; elle permettra au mouvement révolutionnaire bolivarien de mieux définir et délimiter ses objectifs et de renforcer son action face à l'ennemi intérieur qui, quoique affaibli, réagit de façon aussi désespérée qu'extrêmement dangereuse et qui peut compter sur l'appui économique et politique du principal centre de pouvoir dans le monde, l'impérialisme nord-américain.

Le processus révolutionnaire bolivarien a entamé une marche qui devrait l'amener à rendre au peuple ses droits et à satisfaire ses revendications bafouées par les " laquais de l'impérialisme ", selon l'expression consacrée. Parmi ces droits se trouvent en bonne place ceux pour lesquels lutte le mouvement paysan. Celui-ci se situe aux avant-postes du combat pour consolider et approfondir le processus révolutionnaire vénézuélien ; il est appelé à jouer un rôle de premier plan dans le renforcement et le développement des luttes populaires en Amérique latine et, plus généralement, du mouvement de luttes contre la mondialisation néolibérale.

POUR CONSULTER LE TEXTE DES LOIS MENTIONNÉES: www.pantin.net/leyes.htm (En espagnol). Contact pour cet article. CETIM cetim@bluewin.ch " Vía Campesina: une alternative paysanne à la mondialisation néolibérale. " Introduit par Rafael Alegria et Paul Nicholson. Postface de Jean Ziegler. Textes réunis par le CETIM en collaboration étroite avec Vía Campesina. CETIM - Centre Europe-Tiers Monde 6, rue Amat, CH-1202 Genève Tél.: (41) (22) 7315963 Fax: (41) (22) 7319152 www.cetim.ch

source : http://attac.org/indexfr/index.html

Venezuela : « Le processus révolutionnaire continue, mais les contradictions sont à l’œuvre »

Entrevue avec Stalin Perez Borges

Stalin Perez Borges, dirigeant syndical et militant trotskyste de longue date, est au cœur du processus révolutionnaire au Venezuela. Il est l’un des quatre « coordonnateurs nationaux » de la nouvelle - et aujourd’hui majoritaire - centrale syndicale, l’UNT. Il est aussi membre du « comité impulseur » du nouveau parti en formation, le Parti de la révolution et du socialisme.

par Fabrice Thomas, Yannick Lacoste

Peux-tu nous donner ton appréciation sur l’étape actuelle du processus au Venezuela ?

Stalin Perez Borges : Le processus révolutionnaire continue, mais les contradictions sont à l’œuvre, la corruption et l’inefficacité le minent. À l’occasion des récentes élections des conseils municipaux et conseils de quartiers, on a vu des affrontements entre les bases des partis chavistes et des secteurs dirigeants qui ont imposé bureaucratiquement leurs candidats. Pour l’instant, l’affrontement au sein du processus révolutionnaire avec ces secteurs conservateurs bureaucratiques gouvernementaux est surtout verbal. Mais nous pensons qu’il peut à l’avenir devenir beaucoup plus aigu et impliquer, surtout si l’affrontement avec l’impérialisme [1] devient plus tendu, un approfondissement considérable de la situation révolutionnaire.

Quelle est la situation au niveau syndical ?

Avec les crises du coup d’État contre Chavez [2], en avril 2002, le blocage pétrolier patronal de fin 2002-début 2003 [3] et la trahison ouverte de la vieille centrale, la CTV, les travailleurs ont compris la nécessité de prendre eux-mêmes en mains leurs organisations syndicales. C’est sur ce phénomène, à l’échelle de tout le pays, qu’une nouvelle centrale syndicale, l’Union nationale des travailleurs (UNT), s’est constituée. L’UNT s’est considérablement renforcée. C’est maintenant la centrale qui compte la majorité des organisations syndicales dans le pays. Il est difficile de chiffrer sa force réelle pour l’instant, mais nous pouvons estimer que nous sommes au-delà du million d’affiliés et que l’immense majorité des grands syndicats est affiliée à l’UNT. Au sein de la direction de l’UNT, il y a quatre tendances. Nous attendons le prochain congrès pour savoir si le secteur bureaucratique - un courant réformiste avec beaucoup de dirigeants corrompus et incompétents - est majoritaire. Il y existe aussi le courant de la « Force bolivarienne des travailleurs », qui est proche du pouvoir et qui est aussi un courant réformiste. Et puis, il y a le « courant classiste », dont beaucoup de cadres sont à l’origine de la fraîche création du Parti de la révolution et du socialisme (PRS).

Peux-tu nous en dire un peu plus sur le PRS ?

La création du PRS est une conséquence de cette bataille dans l’UNT. Dans la plupart des rencontres organisées dans tout le pays, la majorité des intervenants demandait la création d’une force distincte de celles qui, aujourd’hui, se réclament de Chavez, c’est-à-dire le MVR, le PPT, Podemos, le Parti communiste et quelques autres. Voyant cette nécessité, nous avons décidé de créer le PRS. Nous pensons que, dans la situation actuelle, les travailleurs ont besoin d’une organisation politique qui défende leurs intérêts, qui soit pour l’indépendance de classe et qui ait un projet anti-impérialiste bien défini. Au sein de notre courant syndical, certains nous reprochent ce projet. Il faut accomplir les deux tâches : la construction de l’UNT, comme centrale syndicale indépendante des partis politiques et du gouvernement, et celle d’un parti politique pour les travailleurs. La discussion de la création du PRS est actuellement menée conjointement par cinq groupes politiques distincts. D’autres organisations pourront élargir notre plate-forme politique, et nous espérons pouvoir annoncer la création officielle du PRS au début de l’année prochaine. Nous voulons programmer un congrès de fondation. Nous avons déjà un journal, Opcion socialistaOption socialiste »).

Ce projet nous a amenés à réaliser certains événements : le 9 juillet dernier, nous avons tenu un meeting national qui a rassemblé près de 450 personnes à Caracas. Nous avons fait, et nous allons faire, dans tout le pays d’autres meetings pour proclamer la nécessité d’une nouvelle organisation. Nous avons élaboré une plate-forme politique pour servir de base à la discussion.

Quelle différence y a-t-il entre le PRS et les partis chavistes officiels qui existent actuellement ?

Les organisations aux commandes du processus sont réformistes, staliniennes ou ultra-gauchistes, et elles ne permettent pas de lutter contre le caractère bureaucratique de l’État. Il est nécessaire d’assurer la transformation que demandent les masses populaires qui exigent une plus grande participation des gens. La population assume - c’est une caractéristique de ce processus - un certain pouvoir. On ne peut plus rien lui imposer, ni les dirigeants, ni les ministres, ni les patrons. Ce combat contre la bureaucratie, contre la corruption et contre le réformisme, commence à donner des résultats significatifs pour l’avenir du pays. Un exemple : la cogestion, c’est-à-dire le contrôle ouvrier et la participation directe des ouvriers dans l’entreprise d’État ou dans une entreprise privée. Des membres du gouvernement pensent que la cogestion est un risque, parce qu’une entreprise stratégique, comme par exemple PDVSA [la société pétrolière nationale], doit rester sous le contrôle des dirigeants de l’État.

En réalité, ils ont peur de la participation des gens. Nous travaillons beaucoup sur ces expériences de contrôle ouvrier. Donner le pouvoir aux gens, cela peut être le saut en avant nécessaire à la poursuite du processus révolutionnaire. Chavez dit qu’il faut donner le pouvoir aux gens, eh bien le pouvoir, c’est contrôler son usine, contrôler sa communauté et contrôler ceux que l’on élit. C’est pourquoi nous pensons que le PRS peut avoir une forte influence sur les travailleurs. Nous fondons de grands espoirs sur la construction de notre organisation, afin de permettre au Venezuela de passer rapidement de pures déclarations d’intention à de véritables mesures anti-impérialistes.

Propos recueillis par Fabrice Thomas, Yannick Lacoste.

NOTES:

[1] Consultez le dossier « Venezuela/Etats-Unis » sur RISAL (ndlr).

[2] Consultez le dossier « Coup d’État au Venezuela » sur RISAL (ndlr).

[3] Consultez le dossier « Lock out & sabotage pétrolier » sur RISAL (ndlr).

Publié dans : Rouge


Au Venezuela, l’entreprise pétrolière PDVSA attend sa « révolution dans la révolution »



Les travailleurs du pétrole de Puerto la Cruz qui avaient fait fonctionner seuls leur entreprise pendant la grève patronale de décembre 2002 [1] attendent toujours la cogestion promise par le président Chavez.

par Pierre Doury


Dans la salle de controle de chargement
du brut. Puerto La Cruz, 20 juillet 2005.


« Tu vois, quand j’y repense, deux ans et demi après, ça me donne encore la chair de poule ! » Fidel Rivera, 50 ans montre ses avant-bras pour confirmer ses propos. Il évoque la grève patronale de décembre 2002-janvier 2003 qui avait pour but de déstabiliser et renverser le gouvernement du président vénézuélien Hugo Chavez Frias.Et ses yeux sont humides. « Au moment de la grève les gens des communautés ont accouru pour défendre la raffinerie et contrôler les entrées et sorties des camions-citernes. Tous les "humbles", les gens du peuple, étaient là pour défendre leur pétrole, leur entreprise PDVSA. [2] »

Fidel est aujourd’hui le responsable de la salle de contrôle de chargement de pétrole brut du terminal pétrolier de Puerto la Cruz, sur la côte est du Venezuela. « C’est le seul qui répondait quand j’appelais depuis la raffinerie. Pendant trois jours il est resté seul au poste, ici », raconte Hector Rincon, qui travaille aujourd’hui comme informaticien sur un pôle de distillation d’essence, à un ou deux kilomètres du port.

Dans cette zone cruciale de la production pétrolière, pilier économique du pays, la résistance au lock-out organisé par l’opposition « anti-chaviste » a été farouche. « C’est la seule raffinerie qui a continué à fonctionner dans tout le pays », poursuit Hector. Au milieu de la salle de contrôle où s’alignent les écrans d’ordinateurs et retentissent sonneries et appels radio, Fidel désigne les quatre jeunes hommes qui s’affairent : « La grève a été très massivement suivie par l’ensemble des cadres supérieurs, mais chez les employés subalternes et les ouvriers, très peu ont quitté leur poste. Ca a vraiment été une grève des classes supérieures. Ceux qui travaillaient n’étaient même pas payés, car les grévistes avaient saboté pas mal de systèmes informatiques, dont celui de la gestion des paies. Pourtant, eux qui ne travaillaient pas touchaient leur salaire ! Il a alors fallu remplacer les absents pour pouvoir continuer à faire fonctionner l’entreprise. Des étudiants déjà formés, ou près de l’être sont venus spontanément proposer leur aide, ce sont eux qui sont aujourd’hui toujours en poste, comme ces ‘muchachos’ »

Sur les môles aussi, il a bien fallu se débrouiller. Eudis Valdez est l’actuel « superintendant » du port. Il était alors machiniste. « Un pétrolier abandonné par son équipage était en difficulté. Avec d’autres camarades, j’ai pris un remorqueur pour le sortir de là ». Noir, rond de visage et de corpulence, âgé de 46 ans, il affiche 26 ans de travail dans l’entreprise. « Ça a été un moment fort, mais en même temps très difficile. J’ai reçu des menaces de mort, des coups de téléphone directement chez moi. On me disait : ‘on sait qui tu es et où tu habites, on va tu tuer, on va tuer ton fils’. Mais à ce moment, la solidarité entre nous était très forte. D’autres camarades ont été menacés, mais on n’en tenait pas compte. Il a fallu gérer aussi des cas de sabotage, des moteurs de remorqueurs cassés, du sable avait été jeté dans certaines parties... ».

Dans la tour de contrôle, Fidel explique : « la raison d’être de ces installations est d’exporter le pétrole, brut en ce qui nous concerne, ou raffiné pour les autres môles. Or l’opposition faisait courir les pires informations, fausses, sur la situation. Ils effrayaient les pilotes des tankers, et aucun ne voulait entrer pour recevoir sa cargaison. Et nous avions atteint les limites de nos capacités de stockage, ce qui obligeait à diminuer toute la production en amont : extraction, raffinerie. Il a fallu que des camarades aillent chercher le capitaine d’un bateau, le convainquent de venir voir par lui-même, pour que le premier pétrolier entre enfin au port. C’était le Josefa Camejo, du nom d’une héroïne de l’Indépendance... »« Je crois qu’on peut être très fiers de ce qu’on a fait. Les cadres nous pensaient incapables de faire fonctionner les installations. En réalité, on sait les faire marcher mieux que personne », raconte, ému lui aussi, Miguel Campos, la trentaine et 6 ans « de boîte », « et le reste on l’a appris. »

C’est ainsi que les 18 000 « grévistes » qui ont perdu leur emploi après trois mois de « grève » ont été remplacés par une « promotion » de ceux qui sont restés. De nombreux employés, à l’image d’Eudis sont passés de techniciens à ingénieurs, voire responsables de secteur. Une université maison a même été mise en place pour promouvoir cette ascension et consolider les connaissances des travailleurs volontaires.

« En réalité, pendant deux mois, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui ont fait fonctionner PDVSA, avec les rares cadres qui refusaient cette grève politique. » Hector, qui est aussi militant du syndicat Fedepetrol et d’un courant politico-syndical révolutionnaire, Opcion Clasista, revient sur cette expérience.

« A tous les niveaux : raffinerie, secteur portuaire, distribution, les ouvriers, les techniciens, avec l’aide massive des communautés populaires et des militaires de la troupe, restés eux aussi massivement fidèles au ‘processus’ lancé par Chavez, ont de fait géré et sauvé de la catastrophe économique la grande entreprise nationale PDVSA. Nous avons vécu deux mois de gestion ouvrière. Et dans des conditions particulièrement difficiles. Pourtant, le ministre de l’Energie a déclaré récemment que l’industrie pétrolière, comme élément stratégique de notre économie nationale, ne pouvait être laissée aux mains des seuls travailleurs. Il a catégoriquement rejeté l’idée de cogestion ouvrière de l’entreprise. »

C’est pourtant sous l’impulsion de Hugo Chavez lui-même que cette idée a été inscrite comme un modèle à développer et à étendre. Des entreprises en faillite ont ainsi été « récupérées » par leurs propres travailleurs, comme l’entreprise papetière Venepal, devenue Invepal, ou la fabrique de valves destinées à l’industrie pétrolière Inveval.

Numa Lozada est ingénieur chimiste, cadre supérieur « sans poste fixe » pour le moment : « c’est une mesure de rétorsion. Il reste encore une nombreuse bureaucratie au sein de l’entreprise, toujours opposée à la politique de l’actuel gouvernement. Certains continuent à détourner des fonds, à arranger des concessions ou des partenariats avec des entreprises étrangères qui ne respectent pas les normes fixées par la loi en termes de royalties pour l’Etat et l’entreprise PDVSA. Et ils continuent à mener une répression interne. Beaucoup de camarades ont été mutés arbitrairement à l’autre bout du pays, certains sont en cours de licenciement pour des motifs fallacieux. »

Dans son cas, c’est sa participation active à la remise en route de l’entreprise, et ses sympathies pour Opcion Clasista, révélées lors de la « grève » qui lui ont valu, selon lui, cette « mise au placard ». « Beaucoup d’employés ont été licenciés pour avoir participé à cette grève de sabotage, poursuit-il. Pourtant, on a proposé à ceux qui voulaient y renoncer de réintégrer leur poste, ce que certains ont fait. En échange, près de 10 000 embauches ont été réalisées. Il y a un certain renouveau du personnel, mais la bureaucratie est toujours là, à PDVSA comme au ministère de l’Energie, et les principaux fomenteurs du lock-out n’ont jamais été inquiétés. Il resterait beaucoup de ménage à faire. Comment peut-on faire une révolution si on laisse en place les mêmes personnes qui étaient les bénéficiaires du régime précédent ? »

Cependant, tous les travailleurs rencontrés, ouvriers, employés de bureau, ingénieurs ou techniciens sont unanimes sur un point : « Avant, la hiérarchie était très verticale », confie Yoana Morales, jolie métisse de 28 ans (« et célibataire ! », précise-t-elle avec un sourire enjôleur). « On recevait des ordres qu’il fallait exécuter sans discuter. Maintenant, on peut discuter librement avec ses supérieurs, l’ambiance est beaucoup plus détendue, il y a beaucoup moins de pression. » « Oh, moi, je ne me mêle pas de trucs politiques, lance un autre, timidement. Je fais mon travail, et puis c’est tout. » Comme il l’a fait tous les jours de 7 à 20 heures pendant les deux mois de la « grève ».

Acte très politique s’il en est. « Mais c’est vrai qu’on travaille mieux maintenant qu’avant décembre 2002. On fait de temps en temps des assemblées, et les chefs tiennent davantage compte de notre avis. » « Et puis, ajoute Hector, les gens ne se laissent plus faire comme avant. Si un cadre se comporte mal, aussitôt une assemblée des travailleurs concernés se réunit, et obtient assez vite son remplacement. La solidarité et la combativité se sont renforcées. » « Le contrôle ouvrier, qu’est-ce que c’est ? » interroge Yoana « Ah, si c’est qu’on peut participer et qu’on prenne en compte l’avis de tous, alors je suis pour ! ». Comme presque toutes les personnes rencontrées.

Pourtant, PDVSA attend encore, comme le reste du pays, sa « révolution dans la révolution. »

Publié dans: Risal

NOTES:
[1] [NDLR] Consultez le dossier « Lock out & sabotage pétrolier » sur RISAL.
[2] [NDLR] Petróleos de Venezuela, l’entreprise pétrolière publique vénézuélienne.