Chavez claque la porte du Fmi et de la Banque Mondiale


Le président vénézuélien Hugo Chavez a décidé de retirer son pays du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, deux organisations responsables, selon lui, de la pauvreté en Amérique du sud. Elles seraient remplacées par une institution bancaire régionale. Dans le même temps, Hugo Chavez poursuit sa politique de reprise en main des industries stratégiques. Après l’électricité et les télécommunications, c’est au tour du secteur pétrolier.

J’annonce notre sortie de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Ils doivent nous rendre les fonds. Il vaut mieux que nous sortions avant qu’on nous ait pillés. Pourquoi ? Parce que ces deux institutions sont en crise’. C’est par cette déclaration que le président vénézuélien a formalisé, lundi 30 avril, le départ de son pays des deux institutions financières internationales. Dans une allocution à l’occasion de la Fête du 1er mai diffusée à la télévision nationale, Hugo Chavez a annoncé ce retrait quelques semaines après que le Venezuela eut remboursé sa dette auprès de la Banque mondiale.

Depuis quelques années, le Fmi est confronté à une crise de légitimité, notamment en Amérique latine, où il fait face à une vague de mécontentement grandissante. Les deux institutions financières internationales ont été créées, il y a plus de 60 ans, pour aider au bon fonctionnement de l'économie mondiale et lutter contre la pauvreté. Dominées depuis leur naissance par les Etats-Unis et l'Europe en vertu d'un accord informel - les premiers dirigent la Banque mondiale et les seconds le Fmi - ces organisations sont aujourd'hui contestées.

Comme le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine qui ont remboursé, par anticipation, une grande partie de leurs dettes grâce à la croissance économique retrouvée, le Venezuela, avec cinq années d’avance, a remboursé tout ce qu’il devait à la Banque mondiale. En effet, la manne issue du boom pétrolier a permis au pays de rembourser sa dette qui était de trois milliards de dollars à son arrivée au pouvoir en 1999.

Du coup, le président Chavez demande à présent des comptes. Il a notamment réclamé la restitution des quote-parts versées par son pays au FMI et à la Banque mondiale, en tant que sociétaire de ces institutions. Soit quelques milliards de dollars. Et l’anti-américain président vénézuélien d’expliquer qu’il souhaite ’créer une institution bancaire régionale qui se substituerait à ces deux organisations’ accusées d’être ‘des mécanismes de l’impérialisme destinés à exploiter les pays pauvres’. En février dernier, le chef d’Etat vénézuélien a lancé l’idée d’une ‘Banque du Sud’ censée promouvoir la solidarité entre pays latino-américains. Le projet a reçu le soutien de l’Argentine, la Bolivie, l’Equateur et depuis peu, du géant brésilien. Reste que tous ces pays ne disposent pas, comme le Venezuela, d’une extraordinaire manne pétrolière qui lui a permis de rembourser sa dette.

Toujours dans le but de conforter son indépendance, Hugo Chavez poursuit sa politique de reprise en main des industries stratégiques. Après l’électricité et les télécommunications, le pays reprend le contrôle du secteur pétrolier. Seul membre latino-américain de l’Opep et cinquième producteur mondial, le Venezuela a donc décidé de récupérer les gigantesques gisements de la Ceinture de l’Orénoque dans l’est du pays. Cette région est gorgée de réserves de pétrole brut lourd et visqueux, jugé peu exploitable jusqu’à ces dernières années. Mais les avancées technologiques et la flambée des cours du prix du brut ont changé la donne. Le 27 avril dernier, le président a ainsi annoncé la poursuite de la nationalisation du pétrole.

Dans les faits, la plupart des grandes compagnies pétrolières internationales - comme ExxonMobil, Bp ou Total - si elles veulent continuer à exploiter les gisements, sont tenues d’accepter de céder la majorité du capital de leur filiale locale à l’entreprise publique Petroleos de Venezuela (Pvdsa). Le président Chavez a promis d’indemniser les sociétés étrangères pour la cession d’actions. Or les finances du gouvernement sont au plus bas. En effet, le rachat des parts des trois compagnies américaines dans les secteurs de l’électricité et des télécommunications a grevé le budget de l’Etat. Les finances de Pvdsa sont également dans le rouge. L’an dernier, le groupe pétrolier national a dépensé près de 13 milliards de dollars pour financer les programmes sociaux du gouvernement. D’où l’hypothèse émise par plusieurs analystes de payer les sociétés étrangères en barils d’or noir.

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